Le consulting pro bono, allier solidarité et enjeux RH


le 26 février 2011 dans Bénévolat de compétences, Les tendances, Réflexions - 1 Comment

Aux Etats-Unis, des milliers de professionnels de tous métiers délivrent gratuitement des prestations de service pour l’intérêt général. Leur motivation ? Aiguiser leurs compétences tout donnant en partageant leur expertise pour la bonne cause !

Le consulting pro bono – prestations de services professionnels fournies gratuitement pour l’intérêt général – est pratique courante aux Etats-Unis. Il est particulièrement répandu au sein de la profession juridique, à tel point que les règles déontologiques de l’American Bar Association recommandent que les avocats contribuent un certain nombre d’heures pro bono chaque année. Le quid pro quo (échange de bons procédés) de ce modèle est d’ores et déjà bien établi : en mettant à disposition le temps et les compétences de ses collaborateurs, le cabinet est reconnu pour son engagement sociétal ; les clients, quant à eux, bénéficient à titre gratuit d’une assistance juridique qu’ils ne pourraient pas se permettre autrement, et les avocats peuvent ainsi aiguiser leurs compétences. Pour beaucoup de jeunes collaborateurs, le pro bono est une opportunité de s’attaquer à des dossiers plus complexes tout en ressentant, de manière plus immédiate, l’impact et le fruit de leur travail. 

J’ai appris à mieux écouter lors d’une réunion. Je me suis rendu compte que j’avais une habilité particulière à synthétiser les idées du client d’une manière simple et succincte tout en incorporant les contributions des autres. Ça m’a donné confiance en mes capacités d’analyse et d’assimilation d’informations variées et complexes. J’ai utilisé ces compétences pour recadrer certains objectifs afin de les incorporer dans un plan d’action pour le client et mes co-équipiers.

Debbie K., Stratégiste en communications, New York

Depuis une dizaine d’années maintenant, l’idée de faire appel aux compétences et à l’expertise professionnelles de collaborateurs afin d’aider le secteur non-lucratif a augmenté à la fois capacité et impact, et a considérablement muri, à tel point que le pro bono consulting n’est plus aujourd’hui réservé aux juristes, mais se propage à de nouvelles disciplines comme le marketing, la gestion de marque (branding), le développement de projets web, le planning stratégique, la gestion des ressources humaines et le développement de talents. Aux Etats-Unis, la Taproot Foundation mène le « mouvement  pro bono » depuis 2001 et est aujourd’hui le cabinet de consulting pro bono le plus important du pays bien que de nouveaux concurrents aient récemment émergé sur le marché. 

Pour les besoins de cet article, nous entendrons par « consulting pro bono », le bénévolat d’expertise sur le modèle Taproot tel qu’il est pratiqué aux Etats-Unis.

Faire du pro bono m’a donné l’opportunité de fréquenter des collaborateurs venant d’autres secteurs d’activité et au contact desquels j’ai beaucoup appris. Par exemple, je travaille actuellement sur un projet avec un expert en gestion de marques, ce qui n’est pas ma spécialité. Grâce à nos échanges sur ce projet, j’ai énormément appris de lui. Cela m’a permis d’intégrer dans mon travail quotidien certains concepts de branding que j’ai appris à ses côtés, ce qui a ajouté une valeur indéniable à mes compétences professionnelles.

Kirsten F. Chef de projet, Chicago

Alors qu’il est relativement facile de mesurer l’impact du pro bono consulting sur le secteur associatif, peu de choses existent à propos de l’impact de l’expérience pro bono sur la formation professionnelle des consultants bénévoles. Pourtant, c’est précisément parce que le consulting pro bono renforce les talents professionnels (en plus de répondre à la quête du sens) que le modèle a tant de succès et séduit des milliers de professionnels.

La technologie numérique, la globalisation et la récente crise économique ont profondément changé le paradigme du travail : la sécurité de l’emploi a virtuellement disparu, on nous demande de faire plus avec moins, et les nouvelles technologies nous forcent à acquérir constamment de nouvelles compétences afin de garder un avantage concurrentiel. Compte tenu de ces facteurs, il n’est donc pas étonnant que de récents sondages sur la motivation au travail suggèrent que près de 80% des salariés se sentent démotivés par rapport à leur activité professionnelle (Thoughts on the Future of Work, Vanessa Miemis, emergent by design, Dec 3, 2009). Ceci affecte non seulement la performance individuelle mais entraîne également une baisse notable de la productivité, ce qui se traduit naturellement par un manque à gagner. Il n’en demeure pas moins qu’en dépit des challenges actuels du monde du travail nous avons tous besoin d’exercer une activité professionnelle qui nous épanouit et nous donne du sens.

La bonne nouvelle, c’est que 58% des salariés récemment sondés (Deloitte 2008 Volunteer IMPACT Survey) disent que mettre leurs compétences au service du secteur non-lucratif peut être une manière effective de développer leur capacité de leadership. Afin de motiver leurs collaborateurs, les entreprises ont recours à une panoplie d’outils : de la flexibilité des horaires, en passant par la possibilité de travailler à distance, de diriger un projet particulier, ou de développer des compétences spécifiques, jusqu’à des projets à caractère social. Nous pensons qu’un programme de bénévolat d’expertise ou de mécénat de compétences, à condition qu’il soit bien conçu et bien encadré, est un outil incontournable pour développer la motivation au travail et augmenter la performance individuelle, sans oublier bien sûr l’impact sociétal.

Quand je fais des missions pro bono, je sais que je vais collaborer avec des associations qui ont la capacité interne et sont préparées au projet. Je sais aussi que mes co-équipiers seront des gens compétents et qualifiés.

Patricia S., Stratégiste en gestion de marques, New York

Lors de notre première rencontre avec le client, un administrateur était visiblement sceptique à l’idée de travailler avec une équipe de consultants pro bono.  Après avoir présenté nos recommandations, il avait complètement changé d’opinion. J’étais très fière de notre équipe et notre travail a clairement ajouté une valeur à l’association. Je suis maintenant plus sûre de moi professionnellement.

Julie T., Directrice de projets, New York

Les témoignages de quelques consultants pro bono auprès de Taproot aux Etats-Unis, reproduits ci-joints, démontrent que leurs expériences pro bono ont eu un impact certain, notamment sur leur confiance en leurs habilités professionnelles. Qu’il s’agisse de compétences techniques (apprendre un logiciel ou techniques de développement de site web), ou de compétences plus intangibles, mais non moins essentielles (capacité d’écoute, persuasion, consensus), tous affirment avoir retiré quelque chose de positif de leur collaboration sur une mission pro bono.

Travailler sur un projet pro bono m’a permis d’améliorer mes compétences Photoshop et m’a donné l’opportunité de faire un projet de design pour un site web plutôt que pour une publication papier. Le niveau et le dévouement professionnels de mes co-équipiers m’ont beaucoup inspirés. J’ai gagné beaucoup de confiance en moi et j’étais très fière du résultat. 

Mary S., Conseil en design, New York

Le pro bono consulting est plus que du simple volontariat ; c’est du vrai travail – non rémunéré. La valeur ajoutée est réelle et les enjeux sont de taille. Les bénévoles attirés par ce modèle le savent bien et abordent les missions pro bono avec le même niveau de professionnalisme et de dévouement, voire souvent plus élevé, qu’ils le feraient pour une mission au sein de leur entreprise. Ceci est du, en partie, au fait qu’ils se sentent proches de la mission de l’association qu’ils aident, qu’ils tiennent leurs co-équipiers responsables, et que l’impact de leur travail est palpable. Partager ses compétences pour une cause qui tient à cœur fait que les efforts sont doublement gratifiants. Les collaborateurs sont davantage épanouis, engagés, responsabilisés et compétents.

Aux Etats-Unis, où l’engagement citoyen est beaucoup plus développé qu’en France, les missions de consulting pro bono sont presque toujours exécutées en dehors des heures de travail. La notion de mécénat de compétences « à la française » n’a pas lieu d’être. La plupart des entreprises mêlent implication citoyenne sur et en dehors des heures de travail et communiquent de manière globale sur l’ensemble des heures réalisées. Cependant, la prise de conscience de l’impact du pro bono sur les compétences professionnelles a renforcé la tendance de certaines entreprises d’offrir à leurs collaborateurs l’opportunité de s’engager sur leur temps de travail pour des projets pro bono, en tandem avec des partenaires associatifs comme Taproot (pour un exemple récent, voir Discovery Impact). C’est un modèle séduisant. Le coût pour l’entreprise est relativement réduit et les avantages intangibles peuvent être considérables : motivation salariale plus élevée, hausse de la productivité et surtout la valorisation pour l’entreprise d’être reconnue comme socialement responsable. 

Pour le moment, mesurer l’impact réel du consulting pro bono sur les compétences professionnelles des bénévoles est une science imparfaite en raison du manque d’outils objectifs. Bien qu’un modèle relativement récent parmi les centaines d’autres dans le monde du bénévolat, le « mouvement pro bono » n’est cependant pas prêt de s’essouffler. Il est au contraire en pleine expansion aux Etats-Unis, et des équipes internationales se sont d’ores et déjà inspirées du modèle Taproot, en Suède, au Japon et en Chine notamment, où l’immense population de jeunes professionnels pourrait bien devenir la prochaine génération pro bono. D’après nous, le consulting pro bono est important car il renforce non seulement les communautés en valorisant le secteur non-lucratif et en ayant recours à l’expertise professionnelle de bénévoles, mais il renforce aussi le partenariat avec le secteur privé en valorisant l’engagement citoyen de ce dernier.

Compétences fréquemment évoquées comme acquises en travaillant sur des projets de consulting pro bono :

  • Leadership, maîtrise d’exécution, initiative
  • Confiance en soi
  • Travail en équipe
  • Collaboration avec présidents d’associations et administrateurs
  • Capacité à résoudre des problèmes/trouver des solutions
  • Exposition à des concepts ou projets business peu familiers
  • Faculté d’écoute
  • Développer et achever un consensus 

Parisien et juriste d’origine, Eric Longo est consultant indépendant installé à New York depuis 20 ans. Il est également directeur de projets pro bono au sein de la Taproot Foundation depuis 2007. Email: eric@ericlongo.com. Twitter: @ericlongo 

One Comment on "Le consulting pro bono, allier solidarité et enjeux RH"
  1. Pasquier 7 mars 2011 à 15 h 13 min · Répondre

    Bonjour,

    « Allier solidarité et enjeux RH », c’est effectivement notre cheval de bataille depuis 2 ans au sein de Koeo.net, la plateforme du mécénat de compétences ( Cf article sur My RH Line : http://tinyurl.com/5tfgnuu ), et nous sommes heureux de l’initiative de Pro Bono Lab qui vient rejoindre une dynamique à laquelle nous croyons fermement avec quelques autres éclaireurs comme Passerelles et Compétences, le Rameau, l’IMS, Wecena, pour tisser des partenariats win-win-win entre associations, salariés et entreprises.

    Suggestion : créer au sein de votre blog une liste des liens des acteurs déjà engagés dans cette démarche de rapprochement, pour favoriser concrètement son dépliement opérationnel.

    En tout cas, nous asaluons votre initiative,

    Cordialement,

    Jean-Michel Pasquier
    Fondateur de Koeo.net

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