Entreprise responsable : des valeurs du présent aux réalisations du futur ?


le 16 mars 2015 dans Les bénéfices, Mécénat de compétences, Pratiques innovantes - 1 Comment

Questionner l’avenir de la RSE : tel était l’enjeu de la table-ronde organisée par le Label Lucie,lors de la convention Lucie, le 5 février, à l’ESCP Europe. La RSE, définie en 2011 par la Commission européenne comme « la responsabilité des entreprises vis-à-vis des effets qu’elles exercent sur la société »,se met en place dans les entreprises depuis seulement une quinzaine d’années. Cinq professionnels et spécialistes de la RSE ont donné leur avis sur le développement de la RSE.

RSE

La RSE, un concept pluriel, qui doit progresser en cercle vertueux avec la législation

Olivier Delbard, professeur et coordinateur Europe Développement durable de l’ESCP Europe, souligne l’importance du contexte culturel pour parler de la RSE. A l’origine, la RSE est un concept anglo-saxon, qui s’est ensuite décliné de différentes façons en fonction des cultures locales. La RSE dépend aussi de la taille de l’entreprise : elle s’applique différemment dans les petites et grandes structures. Son sens reste toujours ambigu : comment définir ce qu’est la responsabilité ? Où s’arrête la responsabilité ?

Olivier Delbard se réjouit du développement de la RSE. Tandis que l’idée faisait sourire il y a une dizaine d’années, il y a aujourd’hui une prise de conscience de sa nécessité. Une des principales difficultés rencontrée par ceux qui s’engage dans une démarche responsable aujourd’hui serait le passage à l’opérationnel : celui-ci n’est possible qu’avec une gouvernance et une organisation appropriées. De plus, il y a besoin d’un cercle vertueux entre la législation et les pratiques RSE. La législation et les démarches volontaires RSE doivent s’alimenter mutuellement. Olivier Delbard renverse les perspectives : la RSE révèle le besoin qu’a l’entreprise de légitimer sa place dans la société, mais elle encourage aussi l’entreprise à prendre conscience de ce que la société exige d’elle. Cela serait, en particulier, de remettre l’humain au centre des décisions.

L’évolution des pratiques et des valeurs de l’entreprise, poussée par les mutations de la société

Carine Dartiguepeyrou, présidente du Club de Budapest, inscrit la RSE dans un ensemble de mutations sociales, économiques, culturelles et technologiques. Comprendre le devenir de la RSE et entrevoir l’entreprise de demain, c’est étudier la transformation de nos sociétés à l’échelle mondiale.

Selon elle, nous vivons un changement de paradigme culturel, c’est-à-dire une évolution profonde des comportements et des valeurs. Elle observe l’engagement d’une « nouvelle avant-garde », constituée de personnes qui partagent de nouvelles aspirations individuelles et collectives. Cette minorité active se caractérise par une volonté d’émancipation, définie comme le besoin de se réaliser dans l’action, de contribuer à la société et d’apprendre. Ce changement de paradigme culturel est par ailleurs possible grâce à un levier collectif, « d’interdépendance ». Alors que nous souffrons de l’absence d’un « nous » collectif et de tendances politiques incertaines, se développent l’interdépendance des individus et des organisations, ainsi que de nouvelles solidarités. C’est dans ce climat que naît un « projet de transformation du monde ».

AmpouleUn équilibre à trouver entre responsabilité individuelle et responsabilité collective

Olivier Hoeffel, consultant spécialiste de Qualité de Vie au Travail et fondateur du site LAQVT.FR, rappelle que les notions de RSE et de Qualité de Vie au Travail se sont construites dans le temps. On a d’abord réduit la qualité de vie au travail à la sphère individuelle et à la capacité du salarié à gérer son stress et ses émotions. Puis, on a considéré qu’elle était le fruit d’une responsabilité collective, avant finalement de l’assigner au rôle des managers de proximité. La qualité de vie est désormais étroitement reliée à la RSE : ainsi l’accord du 19 juin 2013 la définit comme « un des éléments constitutifs d’une responsabilité sociale d’entreprise assumée ». Mais a-t-on réussi à définir de quelle responsabilité l’on parle ?

Selon Olivier Hoeffel, l’enjeu est l’articulation de la responsabilité individuelle et collective.Les organisations ne peuvent pas compter uniquement sur la responsabilité individuelle, car cela ferait peser un fardeau trop lourd sur le salarié ; en revanche, considérer seulement la responsabilité collective nous éloigne de la réalité du terrain.

L’engagement des collaborateurs, pour une RSE incarnée dans l’entreprise

Pour Hélène Trautmann, Responsables Communication et RSE chez L’Oréal et administratrice de l’association Pro Bono Lab, le mécénat de compétences est une piste clé pour le développement de la RSE dans les entreprises. L’entreprise n’est pas seulement un bailleur de fonds. Elle souhaite de plus en plus s’engager pour des actions qui ont un impact interne, en particulier pour ses salariés. Hélène Trautmann cite l’étude réalisée par Pro Bono Lab et l’Admical sur le mécénat de compétences, selon laquelle 45 % des entreprises répondantes avaient lancé un programme de mécénat de compétences pour impliquer ou fédérer leurs collaborateurs.

La RSE, à construire avec précaution, dans la duréeMains

Patrick Rioux, dirigeant de l’entreprise de recrutement et interim Transicia, pose d’abord le postulat que la RSE doit faire rimer plaisir avec respect. Etre bon dans son travail, c’est être fier de ce que l’on fait et de ce que l’on est, et si la RSE permet cela, elle s’accorde alors pleinement avec les objectifs de l’entreprise.

Il nous donne quelques pistes pour la RSE se développe de façon optimale dans les entreprises :
– Privilégier le long-terme au court-terme
– Etre assez indépendant de certaines parties prenantes (banques et actionnaires notamment)
– Développer des valeurs, en harmonie avec la création de valeur monétaire
– Construire une image de marque employeur dans la durée

La RSE est une notion qui se construit avec l’évolution de nos sociétés. Elle est à inscrire dans différentes temporalités : ancrée dans un temps court, le temps de l’opérationnel, elle est aussi projetée dans un temps long, façonnée par les attentes de la société vis-à-vis de l’entreprise. Elle résulte du jeu des acteurs de l’entreprise, salariés, managers, dirigeants, qui ont une responsabilité à la fois individuelle et collective, envers l’ensemble des parties prenantes de l’entreprise. Cet optimisme envers la RSE, à l’heure où la crise économique fait rage, est-il l’apanage d’une minorité ? Margaret Mead, anthropologue américaine, donnerait réponse à cette question : « Ne doutez jamais qu’un petit groupe de citoyens engagés et réfléchis puisse changer le monde. En réalité c’est toujours ce qui s’est passé. ».

Copy of Logo Pro Bono Lab blanc HD carréHélène Javelaud, chargée de développement et communication chez Pro Bono Lab

Pour aller plus loin : 
Quatre pistes pour valoriser l’implication citoyenne dans le parcours de vos collaborateurs et développer leur engagement par Makeba Chamry-Makhamat
Elaborer et mettre en place une politique d’implication au sein d’une entreprise : les étapes clefs par Marine Rosnel
Mécénat de compétences : observer en détail pour encourager la pratique, par Sarah Digonnet

One Comment on "Entreprise responsable : des valeurs du présent aux réalisations du futur ?"
  1. Vous pouvez essayer cela 28 mars 2015 à 9 h 26 min · Répondre

    Article de qualité, simple et bien tourné

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