Valoriser l’expérience bénévole : un enjeu de mobilisation pour les étudiants

Sur la période 2010-2013, 32% des jeunes âgés de 18 à 25 ans étaient engagés auprès d’associations, selon l’étude réalisée par l’IFOP pour France Bénévolat.

Pour Valérie Fourneyron, ministre en charge de la vie associative, il y a de quoi se réjouir. Pourtant, si l’on s’attache à étudier de plus près le cas des jeunes, plus particulièrement celui des étudiants, ce chiffre peut paraître décevant. En effet, si beaucoup d’étudiants ont le désir de s’engager, le jeu ne semble pas assurément en valoir la chandelle…

Pourquoi les étudiants s’engagent-ils ?

Comme leurs ainés, en s’engageant bénévolement, les jeunes souhaitent avant tout « donner un sens à leur vie » (pour 49% d’entre eux). L’envie d’associer engagement et enrichissement personnel, en partant en mission humanitaire à la découverte de nouvelles cultures par exemple, est aussi une motivation importante. Enfin, le développement des compétences mobilisables dans le cadre des études et du travail  représente une opportunité fortement estimée par les jeunes, pour la plupart étudiants ou en période de formation.

Mais alors, qu’est ce qui les arrête ?

Le temps; plus précisément le coût d’opportunité.
Avec les études, pas facile de s’investir dans une activité extra-scolaire. Surtout quand l’investissement est chronophage. Non pas qu’il n’est jamais été facile de concilier vie bénévole et études. Mais pour la nouvelle génération, les prévisions économiques plutôt pessimistes, et l’essor de la concurrence scolaire – un des effets du phénomène « d’inflation des diplômes » – découragent particulièrement les étudiants à prendre des risques. Cet impératif de la réussite scolaire dissuade la prise d’engagement car il transforme le bénévolat en un sacrifice potentiellement dommageable pour l’avenir professionnel.

Le bénévolat, un frein à l’insertion professionnelle ?

Si le bénévolat est valorisé par les pouvoirs publics – comme le témoigne la remise des prix « Jeune & Bénévole » à la mairie de Paris, le secteur privé ne semble pas encore être aussi sensible à ces expériences « hors parcours ». Comme le montre une enquête réalisée par des chercheurs du GEODE (Groupe d’évaluation des origines des discriminations à l’embauche) dans le cadre d’une étude de l’AFEV, certains recruteurs seraient même réticents à embaucher des personnes avec une expérience bénévole. La raison invoquée étant le risque que le candidat consacre trop de temps et d’énergie à son activité bénévole, délaissant son activité professionnelle.

“Sur certains postes, un engagement bénévole peut parfois desservir. Comme si certaines entreprises craignaient que le candidat ne se consacre pas pleinement à son poste et soit trop dispersé” Yannick L’Horty, chercheur associé au CEE (Centre d’études de l’emploi)

Paradoxe ?

Pourtant nombre d’études montrent que le bénévolat permet de développer des compétences et des qualités essentielles dans le monde du travail ; des compétences techniques et relationnelles (autonomie, adaptabilité, écoute, animation, travail en équipe, analyse, conduite de projets…) et ayant trait au développement personnel (la confiance en soi).

Ne jetons pas la pierre aux recruteurs pour autant. Les candidats eux-mêmes n’ont pas nécessairement conscience que leur expérience bénévole mérite d’être valorisée. Celle-ci est très mal présentée sur les CV, citée le plus souvent en bas de page, dans le champ des « centres d’intérêts », « autres mentions » et « loisirs ».

Remédier à cette contradiction : valoriser l’expérience bénévole

Heureusement, les initiatives pour valoriser l’expérience bénévole se multiplient à plusieurs niveaux :

Dans le cadre des études : le bénévolat est une activité que beaucoup d’établissement universitaires encouragent. Avec l’exemple de Sciences-Po, on passe à une autre vitesse. Selon un article de Rue89, une activité bénévole inscrite au CV pourrait donner quelques points supplémentaires dans le cadre du concours d’entrée de mars 2013. Sans être pour autant un prérequis, la sélection sur dossier devrait prendre en compte, à la marge des notes au bac, « l’engagement dans la vie associative, sportive, culturelle, politique ou syndicale » (iv).

Dans le cadre des cabinets de recrutements : Odissée et Syntec Conseil en recrutement ont créé par exemple le « CV citoyen ». L’objectif est de mettre en avant, dans le CV, les compétences acquises en tant que bénévole et de valoriser la dimension extra-professionnelle du parcours des candidats. Il s’adresse aussi bien aux recruteurs qu’aux candidats, avec un mode d’emploi adapté aux différents usagers.

Les raisons invoquées sont que « L’engagement bénévole et volontaire concourt au bon fonctionnement de la société. Vecteur de développement des compétences, d’expériences, voire d’innovation, cette contribution doit être valorisée, notamment dans les parcours professionnels » (source : Extrait du manifeste du CV citoyen).
Crée en 2010 par les pouvoirs publics, le service civique permet aux jeunes de s’investir dans une association et de percevoir à ce titre une indemnisation et une protection sociale. Un des objets de l’Institut du Service Civique, autre dispositif public, est alors de valoriser l’expérience acquise au cours de ces missions de bénévolat.
Animafac, qui travaille en collaboration avec le service civique, propose aussi une formation individualisée intitulée « Bénévolat & Compétences ». La formation possède un site dédié avec des outils pour accompagner la démarche d’identification et de valorisation des compétences associatives des étudiants.

Pour conclure

Les étudiants ont envie de s’investir mais le manque de temps fait obstacle à leur mobilisation effective. Cet enjeu a été identifié par plusieurs acteurs privés et publics qui ont engagés des démarches en conséquence. L’objectif est de valoriser les compétences acquises dans le cadre du bénévolat.
Plus largement, les acteurs du secteur associatif – prenant conscience de ce phénomène – commencent à développer des formes d’engagement moins chronophages, qui permettraient aux étudiants de mieux concilier leurs engagement bénévole avec leur parcours de formation.
De quoi mobiliser encore plus d’étudiants, qui n’auront plus à choisir entre activité bénévole et réussite scolaire et professionnelle !

Liens :

[i] http://www.mediaetudiant.fr/associations/etudiants-benevolat-12612.php

[ii] http://placedubenevolat.blogspot.fr/2012/12/la-remise-des-prix-jeune-benevole-les.html

[iii] http://placedubenevolat.blogspot.fr/2012/06/acquerir-des-competences-par-le.html

[iv] http://www.rue89.com/2012/07/21/pour-entrer-sciences-po-passez-par-la-case-humanitaire-233992

[v] http://www.syntec-recrutement.org/1-syntec-conseil-en-recrutement/77-presentation/1440-cv-citoyen-mode-d-emploi.aspx

[vi] http://competences.animafac.net/

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