Les modèles du pro bono : de multiples manières de partager ses talents


le 7 septembre 2015 dans Actualités, C'est quoi, International, Pro Bono - No comments

Si vous lisez régulièrement les articles de ce blog, c’est que vous devenez familier du pro bono : la mise à disposition de ses compétences pour une cause d’intérêt général ou pour aider une personne en difficulté. Vous devez sans doute aussi savoir ce que sont le mécénat de compétences et le bénévolat de compétences, les principales expressions françaises du pro bono.

Et pour cause, il existe autant de manières de faire du pro bono qu’il y a de bonnes volontés prêtes à s’engager. Toute la question est de savoir lesquelles correspondent le mieux à votre entreprise ou à votre projet personnel ! Première ONG américaine spécialisée en bénévolat et mécénat de compétences, célèbre pour avoir répandu le pro bono en-dehors de la profession d’avocat, Taproot Foundation a tenté il y a quelques années de répondre à cette question en publiant une étude sur les 8 modèles du pro bono qui rencontraient le plus de succès aux Etats-Unis. En 2008, la fondation a ainsi listé les modèles suivants :
1) le prêt d’un salarié
2) du coaching et du tutorat
3) le marathon pro bono
4) des missions de conseil ponctuelles, pour des projets spécifiques
5) du conseil à la demande
6) le développement de ressources pour l’ensemble du secteur associatif
7) du pro bono à grande échelle (la mise en place de projets d’intérêt général avec plusieurs parties prenantes)
8) des missions de conseil associées à la création d’outils spécifiques pour une association

Ces modèles sont loin d’être figés : ils évoluent, ils sont sujets à des innovations, et d’autres apparaissent, y compris en France. Quels sont les enjeux actuels ?

Des critères de sélection pour un projet pro bono

De plus en plus d’entreTeam super-hérosprises se lancent dans le pro bono, et de plus en plus d’individus choisissent de s’engager de cette manière. Pour savoir quel modèle choisir pour vous ou votre entreprise, plusieurs questions sont à considérer :

– qu’est-ce que vous ou votre entreprise faites de mieux ? Quel est votre cœur de compétences ? Droit, finances, communication, marketing, stratégie… Les besoins en compétences sont divers : par conséquent, il est possible de valoriser la spécificité des talents des volontaires.

– quelles sont les causes qui vous importent, à vous ou à votre entreprise ? Dans quoi voulez-vous vous engager ? Santé, solidarité internationale, action sociale, environnement, culture, éducation…

– quelles ressources pouvez-vous allouer à votre engagement pro bono (temps, argent, autres ressources) ? Les programmes de mécénat ou de bénévolat de compétences des entreprises nécessitent plus ou moins de ressources, selon qu’ils s’étendent sur la durée ou qu’ils requièrent un soutien plus ou moins important des salariés. En tant qu’individu, vous pouvez décider de consacrer plus ou moins de temps à votre engagement pro bono.

– quels bénéfices souhaitez-vous retirer de votre engagement pro bono ? Pour une entreprise, les bénéfices du pro bono vont d’une meilleure cohésion des équipes et d’une amélioration de l’image et de la réputation à un ancrage territorial plus solide et au développement d’une expertise en anticipation et innovation. Pour les volontaires, faire du pro bono peut permettre de répondre à une quête de sens, d’aiguiser son expertise professionnelle et ses compétences personnelles, d’élargir son réseau et même de gagner confiance en soi.

Les 8 modèles proposés par Taproot ont surtout été classés en fonction des ressources nécessaires à allouer aux programmes pro bono, et également en fonction des bénéfices attendus. Si on y ajoute les programmes mis en œuvre en France, on peut distinguer trois catégories, selon le temps consacré : des missions courtes, des missions longues et des missions de très longue durée.

Les missions courtes

Les missions courtes nécessitent souvent peu de ressources : il suffit de s’engager pour une courte période de temps, parfois seulement quelques heures ou une journée. Pour un individu, cela nécessite peu de temps, tout en apportant beaucoup de satisfaction. Pour une entreprise, cela implique de « prêter » ses salariés pour une courte période, ce qui permet un engagement limité en temps. En revanche, il y a toujours certains coûts à prévoir en matière d’organisation avant et après les missions, si courtes soient-elles, par exemple pour la logistique, l’évaluation, la communication.

Le marathon (modèle n°3) est le modèle en temps court plébiscité par Pro Bono Lab depuis sa création en 2011. Il s’agit d’un évènement d’une journée qui réunit une équipe de volontaires (salariés d’une entreprise, étudiants, demandeurs d’emploi, ou tout simplement des personnes qui désirent donner un peu de leur temps et de leurs compétences). Pour des salariés, un marathon est l’occasion de mettre en place une véritable cohésion d’équipe et d’utiliser différemment ses compétences professionnelles ; et pour tous les volontaires, c’est une manière de trouver du sens en donnant des solutions concrètes aux besoins d’une association en un temps très court. SAP a repris l’idée du marathon pour ses cafés coaching : pendant deux jours, les collaborateurs se mobilisent pour conseiller des jeunes issus de quartiers défavorisés en recherche de stage ou d’emploi.

Les congés solidaires sont un autre type de missions courtes : des salariés consacrent une ou quelques semaines à un projet d’intérêt général, habituellement sur leur temps de congés payés et avec l’aide de leur entreprise qui les aide à trouver une association ou un projet bénéficiaire. Ils correspondent au modèle n°1 ici (le prêt d’un salarié). Accenture ou encore Areva donnent cette possibilité à leurs salariés, tout comme le Crédit Foncier qui a un partenariat avec Planète Urgences. Enfin, de nombreuses entreprises permettent à leur salariés de participer à des journées solidaires, en mécénat ou en bénévolat de compétences : chez Bouygues Telecom, les salariés ont droit à 4 demi-journées par an prises sur leur temps de travail pour mener des actions solidaires. A la Poste, un millier de postiers bénévoles aident à traiter en urgence 1 million de promesses de dons pour le Téléthon tous les ans.

Les missions longues

Table de travailDes missions plus longues nécessitent plus de ressources, mais ont aussi plus de bénéfices, aussi bien pour les entreprises que pour les individus volontaires. Les volontaires consacrent plus de temps à un projet ou à une association, mais ils en retirent aussi plus de satisfaction. Plus les programmes des entreprises sont ambitieux, plus ils reconnus dans le secteur associatif et au-delà, et plus ils ont de bénéfices pour les employés.

Dans de très nombreux pays, des entreprises mettent à disposition leurs collaborateurs pour des missions de conseil ponctuelles, pouvant aller de plusieurs semaines à quelques années, afin de répondre au besoin précis d’une association. C’est le modèle 4 de la Fondation Taproot : les missions de conseil ponctuelles pour des besoins spécifiques. En France chez Orange, le programme Temps Partiel Senior permet à des salariés en fin de carrière de travailler à mi-temps pour des associations. Enea Consulting a également décidé que 10% du temps de travail de ses salariés devait être donné à des ONG : celles-ci répondent à un appel à projet qui leur donne accès à 30 à 100 jours de conseil gratuit pour des projets portant sur l’accès à l’énergie. Accenture offre des missions de conseil de 6 mois ou plus, et les collaborateurs de Sanofi peuvent parrainer des associations étudiantes qui participent au concours Tremplin Jeunes Solidarité Santé, afin de les accompagner pendant un an dans la gestion de leur projet en lien avec la santé dans des pays en développement. Aux Etats-Unis, la banque Capital One a même rédigé un catalogue des services pro bono qu’elle peut offrir à destination des organisations à finalité sociale.

Dans un autre format, le modèle de coaching et de parrainage, plus répandu aux Etats-Unis, permet aux salariés d’une association de participer à des groupes de travail avec des salariés d’entreprise qui ont le même métier, afin d’être accompagnés et conseillés. Gap a mis en place ce programme, au sein duquel ces groupes de travail se réunissent périodiquement pendant 2 ans. Les salariés des associations bénéficiaires sont formés aux mêmes méthodes que les salariés de Gap. 

Des initiatives voient aussi le jour à une autre échelle : à Chicago, la Civic Consulting Alliance réunit des groupes de consultants pro bono prêtés par les entreprises partenaires pour résoudre des problèmes sociaux de grande ampleur, par exemple en travaillant sur la réduction du temps d’attente dans les transports urbains. C’est un pro bono à grande échelle avec un nombre important de parties prenantes : le modèle 7 de la Fondation Taproot.

Enfin, certaines entreprises françaises ont créé des associations de salariés : celles-ci regroupent des salariés ou des retraités qui souhaitent effectuer du bénévolat et notamment du bénévolat de compétences. C’est le cas de la Fondation SNCF ou d’Axa avec l’association Atout Coeur par exemple. Cofely Ineo, une filiale de GDF-Suez/Engie, héberge également l’association Energy Assistance : depuis 2001, ses membres mettent à disposition leurs compétences pour des projets d’aide humanitaire.

Les missions de très longue durée

Les missions très longues, qui durent plusieurs années, peuvent avoir un impact fort aussi bien pour les bénéficiaires, individus ou associations qui reçoivent une aide de grande valeur, mais aussi pour les accompagnants pro bono. Elles exigent néanmoins des ressources importantes, par exemple pour prêter un salarié pendant une longue durée, pour mettre à disposition en continu des ressources accessibles sur demande, ou encore pour mettre en place dans le temps une succession d’évènements ambitieux.

La Banque postale a lancé son programme L’Envol, un campus qui regroupe des jeunes parrainés par des collaborateurs du groupe, de la seconde à la fin de leurs études supérieures (soit jusqu’à 8 ans). C’est un parrainage de longue durée qui nécessite un engagement durable des salariés et une forte implication de l’entreprise pour développer une plate-forme web et organiser des évènements qui rassemblent les différentes promotions de jeunes.

Aux Etats-Unis, des services de conseil à la demande pour des organisations pré-sélectionnées se développent : c’est le modèle 5 de la Fondation Taproot. Cornerstone OnDemand, qui propose des ressources pour la gestion du personnel, a ainsi développé un programme au sein duquel un petit nombre d’organisations peuvent avoir accès à des logiciels et à du conseil à la demande.

Répandus aux Etats-Unis également, certains programmes pro bono permettent à des organisations de recevoir des ressources développées par une entreprise et mises à leur disposition. Ces ressources sont proposées sur une base très large, pas seulement à quelques organisations : c’est ce qu’a fait Salesforce en proposant une version gratuite de ses logiciels de gestion des données clients pour les organisations à finalité sociale. Il s’agit du modèle 6 de la Fondation Taproot : le développement de ressources pour l’ensemble du secteur associatif.

Enfin, certaines entreprises vont plus loin en développant des ressources spécifiquement pour une organisation donnée, comme l’a fait Deloitte pour l’organisation College Summit. Cette dernière, qui encourage l’accès à l’enseignement supérieur aux Etats-Unis, peut bénéficier d’une banque de données conçue par Deloittte qui lui permet de mieux venir en aide aux étudiants. C’est le modèle n°8 étudié par Taproot, soit une combinaison de missions de conseil et de création d’un ou plusieurs outils spécifiques pour une association.

Il y a donc de multiples manières de s’engager pro bono, à tel point que Taproot dit que la question n’est plus de savoir s’il faut s’engager ou non, mais plutôt de savoir comment s’engager, preuve que le pro bono devient incontournable et une forme d’engagement à part entière.  

Pro Bono Lab s’est inspiré de l’étude de Taproot pour choisir le marathon, un modèle qui n’était pas pratiqué en France et qui fonctionnait très bien aux Etats-Unis. Mais nous ne nous sommes pas arrêtés là, et continuons de chercher des moyens d’innover et de développer la pratique du pro bono en France.

 

Pour retrouver l’étude de Taproot dans son intégralité et en version originale :

http://www.taprootfoundation.org/sites/default/files/8_Models_Whitepaper.pdf

 

probonolabTatiana Heinz, chargée de recherche et des partenariats chez Pro Bono Lab

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